Troonrede in de Sorbonne

Nieuws | de redactie
14 september 2009 | Als gaf hij pas echt de alternatieve Troonrede hield Nicolas Sarkozy een vlammend betoog over hoe de wereld anders moet leren denken. Hij ontving een uitdagend rapport over zin en onzin van het BNP van Nobel-econoom Joseph Stiglitz en ScienceGuide was daar bij.

Laat Europa de weg wijzen

“Er bestaat een gevaarlijk gat tussen wat we meten en hoe mensenhun leven beleven. Burgers denken dat ze misleid en gemanipuleerdworden doordat statistieken steeds economische groei laten zien.Dit kan zo niet doorgaan, want de terechte onvrede bedreigt dedemocratie” Het was onmiskenbaar duidelijke taal van de Fransepresident Sarkozy op het congres waar de door hem ingesteldecommissie een alternatief voor het Bruto Nationaal Productpresenteerde.

“La France se battra pour que toutes les organisationsinternationales modifient leur système statistique en suivant lesrecommandations de la commission. Une réflexion collective estdésormais engagée, elle ne s’arrêtera pas. Il y aura un avantet un après cette commission.

Et si l’Europe montrait le chemin plutôt que de le suivre?Quelle innovation! Le problème vient de ce que le monde, lasociété, l’économie ont changé et que la mesure du monde n’a pasassez changé.  Le problème vient de ce que l’on a fini parprendre la représentation de la richesse pour la richesseelle-même, la représentation de la réalité pour la réalitéelle-même”.

Weg uit de markt-orthodoxie

De commissie, geleid door Nobelprijswinnaars Joseph Stiglitz enAmartya Sen, laat zien dat BNP een verouderd begrip vormt:Meer files, een flinke brand, zulke dingen verhogen het BNP. Decommissie stelt nieuwe indicatoren voor die ook ‘well-being’ enduurzame ontwikkeling kunnen meten.

In de commissie zitten bekende economen zoals Nicholas Stern,Daniel Kahneman en Robert Putnam. Sarkozy zegt nu dat hij hetrapport overal ter wereld op de agenda wil zetten. “Het is eenonmisbaar antwoord op de religie dat de markt altijd gelijk heeft”,aldus de Franse president.

“De markt, zeker de financiële, is een middel en geen doel inzichzelf. Het is nu of nooit: we moeten uit de orthodoxie van demarkt breken. We zullen klimaatverandering niet tegenhouden als wewachten tot de CO2 markt een perfecte balans heeft gevonden.”

De presentatie van het rapport aan Sarkozy en de eerstediscussie vond plaats voor een gehoor van 1000 toehoorders-inclusief ‘ScienceGuide-correspondent’ Louis Meuleman- in het totde nok gevulde Grand Amphitheatre van de Sorbonne, De opdracht hadde Franse president in februari 2008 uitgezet aan de groep ‘dwarsedenkers’.

Dit was in een fase voordat de crisis in volle hevigheiduitbrak. “De crisis heeft het advies nog veel urgenter gemaakt”,onderstreepte Stiglitz. Hij gaat ervan uit dat dit rapport een veelgrotere impact zal hebben dan een minder ambitieus rapport dat hijjaren geleden voor president Clinton schreef.

Complete toespraak Sarkozy

De president hield een indringende toespraak, die u hier in zijngeheel leest:

J’ai une conviction profonde : nous ne changerons pas noscomportements si nous ne changeons pas la mesure de nosperformances. Et nos comportements doivent absolument changer.

Si nous ne voulons pas que notre avenir, l’avenir de nosenfants, l’avenir des générations futures soit semé de catastrophesfinancières, économiques, sociales, écologiques et, par conséquent,humaines, nous devons changer nos manières de vivre, de consommer,de produire. Nous devons changer les critères de nos organisationssociales, de nos politiques publiques.

Une formidable révolution nousattend

Cette révolution ne s’accomplira pleinement que si elle estd’abord une révolution dans les esprits. Que si elle est d’abordune révolution intellectuelle, morale, culturelle. Que si elle estd’abord une révolution dans les façons de penser, dans lesmentalités, dans les valeurs.

Une telle révolution n’est pas concevable sans une remise encause profonde de la manière dont nous nous représentons lesconséquences de ce que nous entreprenons, les résultats de ce quenous faisons.

Si en appliquant aux deux ou trois décennies qui viennent des’écouler la grille de lecture critique que vous nous proposez noussommes conduits à réviser notre jugement sur les conséquences denos choix, si nos modèles se révèlent finalement avoir été descontre-modèles, si nos performances se révèlent finalement avoirété des contreperformances, alors la nécessité du changements’impose comme une évidence. Alors le combat en faveur de l’ordreancien devient un combat d’arrière garde voué à l’échec. Mais sinous restons convaincus que pendant toutes ces années nous avonsaccompli un progrès réel et durable, pourquoi changer ?

Rassurant mais dangereux

Vous mesurez dès lors l’importance de cette réflexion. Pourpréparer le monde de l’après crise. La statistique, la comptabilitéreflètent nos aspirations, la valeur que nous accordons aux choses.Elles sont indissociables d’une vision du monde, de l’économie, dela société, d’une idée de l’homme, de son rapport aux autres. Lesprendre comme des données objectives, extérieures à nous-mêmes,incontestables et indiscutables, c’est sans doute rassurant,confortable, mais c’est dangereux. C’est dangereux parce que l’onen vient à ne plus se poser de questions ni sur la finalité de ceque l’on fait, ni sur ce que l’on mesure réellement, ni sur lesleçons qu’il faut en tirer.

C’est comme cela que l’on se met à croire que l’on sait alorsque l’on ne sait pas. C’est comme cela que l’on fabrique une penséeunique qui n’admet plus aucune forme de recul, aucune forme dedoute. C’est comme cela que l’on se met à avancer en aveugle toutétant persuadé de savoir où l’on va.

C’est comme cela que l’on creuse un fossé d’incompréhensionentre l’expert convaincu de son savoir et le citoyen dontl’expérience de la vie est en décalage complet avec ce queracontent les chiffres. Fossé très dangereux parce que le citoyenfinit par penser qu’on le trompe. Rien n’est plus destructeur pourla démocratie.

Nous avons un problème

Mesdames et Messieurs, comment ne pas voir que nous avons unproblème ? Dans le monde entier, les citoyens pensent qu’on leurment, que les chiffres sont faux, qu’ils sont manipulés… Et ils ontquelques raisons d’être dans cet état d’esprit. Pendant des annéeson a dit à des gens dont la vie devenait de plus en plus difficileque leur niveau de vie augmentait. Comment ne se sentiraient-ilspas trompés ?

Pendant des années on a proclamé que la Finance était unformidable créateur de richesse pour découvrir un jour qu’elleavait accumulé tellement de risques que le monde a failli plongerdans le chaos. Comment ne pas comprendre que celui qui a perdu samaison, son emploi, ses droits à retraite ne se sente pastrompé?

Pendant des années les statistiques ont affiché une croissanceéconomique de plus en plus forte comme une victoire sur la pénurie,jusqu’à ce qu’il apparaisse que cette croissance, en mettant enpéril l’avenir de la planète, détruisait davantage qu’elle necréait. Comment tous ceux auxquels on demande maintenant de fairedes efforts et des sacrifices pour changer leur mode de vie avantqu’il ne soit trop tard, ne se sentiraient-ils pas trompés?

Non que l’on ait voulu les tromper délibérément, car ni lestatisticien qui défend la pertinence de son PIB ou de son indicedes prix, ni le comptable, persuadé que sa « fair value » est lameilleure mesure possible de la valeur d’un actif, ne sont desmenteurs. Le problème vient de ce que le monde, la société,l’économie ont changé et que la mesure n’a pas assez changé. Leproblème vient de ce que l’on a fini, sans toujours s’en rendrecompte, par faire dire à la statistique et la comptabilité cequ’elles ne disaient pas, ce qu’elles ne pouvaient pas dire. Leproblème vient de ce que l’on a fini par prendre la représentationde la richesse pour la richesse elle-même, la représentation de laréalité pour la réalité elle-même.

Payer le vrai prix 

Mais la réalité finit toujours par se venger. On peut pendantlongtemps ne pas payer le vrai prix de la rareté ou le vrai prix durisque tout en ayant la conviction du contraire, mais un jour ilfaut quand même les payer et ce jour là, la facture est beaucoupplus lourde parce que les comportements fondés sur un calculéconomique erroné auront accru la rareté et le risque. C’est bienla situation dans laquelle nous nous trouvons.

Nous avons construit une religion du chiffre. Nous nous y sommesenfermés. Nous commençons à apercevoir l’énormité des conséquencesde cet enfermement. C’est fort de cette conviction que j’ai demandéen février 2008 à Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-PaulFitoussi de constituer une Commission avec les meilleurs experts dumonde. Pour remédier à cette situation, il fallait ouvrir unebrèche dans les habitudes de pensée. Il fallait qu’un débat s’ouvreenfin. Il fallait que ce débat soit porté au plus haut niveau decompétence. Il fallait que ce débat soit mondial.

C’est dans cet esprit que les membres de la Commission ont étéchoisis. C’est dans cet esprit qu’ils ont travaillé. En 18 mois cequi a été accompli est remarquable. Une réflexion collective estdésormais engagée. Elle ne s’arrêtera plus. Je veux dire magratitude à tous les membres de la Commission qui ont consacréautant de temps, d’intelligence, de savoir à cette mission.

Un moment décisif

Je veux rendre un hommage particulier à Joseph Stiglitz, AmartyaSen, Jean-Paul Fitoussi. Sans eux rien n’aurait été possible. C’estgrâce à leur prestige, à leur autorité, à leur énergie, que tant decompétences ont pu être rassemblées.

Il y aura un avant et un après cette Commission. Il y aura unavant et un après ce rapport.

Les circonstances font qu’il arrive dans un moment décisif. Lacrise ne nous rend pas seulement libres d’imaginer d’autresmodèles, un autre avenir, un autre monde. Elle nous y oblige.Ouvrir ce débat dans un monde de certitudes, dans un mondeconvaincu d’aller dans la bonne direction, c’était impossible. Aumieux il se serait cantonné dans les sphères académiques.

On en aurait discuté entre experts. On aurait décidé de changerquelques indices. On aurait peut être amélioré un peu les choses.On aurait peut être progressé sur la technique. Mais on n’auraitpas changé le rapport à la mesure, le regard sur les chiffres. Onn’aurait pas pu imposer cette interrogation sur nos représentationscollectives et sur les finalités de ce que nous faisons.

C’est dire que ce rapport, dans les circonstances d’aujourd’hui,n’a pas qu’une importance technique. Il a aussi une importancepolitique. Ce qu’il traite, ce sont des questions qui ne concernentpas seulement les économistes, les statisticiens, les comptables,mais qui concernent aussi la politique et par conséquent tout lemonde. Je le dis pour que ce soit bien clair : réunir cetteCommission, recevoir ce rapport, est pour moi un acte politique. Jeveux dire un acte qui engage la responsabilité politique. Un actequi engage la France.

Le débat sur les conclusions de ce rapport, la France l’ouvrirapartout. Elle le mettra à l’ordre du jour de toutes les réunionsinternationales, de toutes les rencontres, de toutes lesdiscussions qui ont pour objectif la construction d’un nouvel ordreéconomique, social, écologique mondial. Elle se battra pour quetoutes les organisations internationales modifient leurs systèmesstatistiques en suivant les recommandations de la Commission. Elleproposera à ses partenaires européens que l’Europe donne l’exempleen les mettant en oeuvre. Elle adaptera son propre appareilstatistique en conséquence.

Dans toutes les écoles

Elle inscrira l’étude de ce rapport au programme de toutes lesécoles d’application de sa fonction publique. Si tous ceux quioccupent des responsabilités dans le monde avaient à un moment ou àun autre de leur formation été amenés à étudier ce qu’il y a dansce rapport, à prendre avec le modèle dominant de la statistique etde la comptabilité un minimum de distance critique, les décisionsne pourraient plus se prendre comme elles se prennent et le mondes’en trouverait profondément changé.

Vous l’aurez compris, dans le combat que la France entend menerpour que le monde de demain ne ressemble plus à celui d’hier, cequi se passe aujourd’hui n’est pas une fin mais uncommencement.

Vous l’aurez compris aussi, dans mon esprit nous n’avons pas letemps d’attendre que, lentement, les esprits évoluent, que la prisede conscience qui est en train de s’opérer chez un nombre de plusen plus grand de responsables, de savants, d’experts produise unjour des effets.

En février 2008 je ressentais l’urgence d’en finir avec lesidées toutes faites, avec les dogmes dans lesquels toutes nospensées, tous nos actes se trouvaient enfermés, et qui nousfaisaient nous mentir à nous-mêmes. Je ressentais l’urgence qu’il yavait à ne plus répondre à tous ceux qui exprimaient leurs peines,leurs difficultés, leurs souffrances, leurs doutes, leurs angoisses: « Vous avez tort : nos statistiques démontrent le contraire». Je ressentais l’urgence d’en finir avec ce dialogue desourds qui minait la démocratie.

Dans les réflexions sur le travail de la Commission que m’ontadressé Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi j’airelevé cette phrase : « L’une des raisons qui expliquentpourquoi la plupart des gens se considèrent encore moins bien lotismalgré la hausse du PIB est simple : c’est réellement le cas». Que quelques-uns des économistes les plus reconnus, lesplus prestigieux disent cela avec autant de franchise, est quelquechose dont nous avions absolument besoin pour nous mettre au clairavec nous-mêmes, pour replacer le débat public sur une base devérité, pour changer notre rapport à la vérité.

Une vision de la société 

Oui, il y a depuis longtemps un problème avec ce que nouscalculons et avec la manière dont nous l’utilisons. Oui, lesexperts le savent depuis longtemps. Ils en discutent depuislongtemps. Mais cette discussion ne changeait rien, elle n’avaitpas de conséquence. On connaissait les limites de nos indicateursmais on continuait de les utiliser comme s’ils n’en avaient pas.C’était plus facile pour la communication.

C’était surtout une pièce essentielle d’une vision de l’économieet de la société, d’un système idéologique qui s’était étendu àl’échelle de la planète et dont la mise en cause paraissait quelquechose de trop énorme pour que quiconque puisse sérieusement ysonger. On préférait attendre que les contradictions et lesimpasses apparaissent toutes seules au grand jour. C’est fait. Maisnous le savons tous, la partie n’est pas gagnée pour autant.

Entre ceux qui veulent que tout recommence comme avant parcequ’ils n’arrivent pas à penser autrement ou parce que l’intérêt lesy pousse, et ceux qui sont persuadés que rien ne peut plus êtrecomme avant et qu’il faut conduire au plus vite ce changement, labataille intellectuelle, morale, politique est engagée. La France achoisi son camp. Elle sera une force de proposition et detransformation. La responsabilité de ceux qui ont une part dans laconduite des affaires du monde qui est historique.

Le monde de demain ne serale même 

La France ne cessera d’appeler chacun à assumer cetteresponsabilité. Le monde de demain ne sera plus le même que celuid’avant la crise parce que des brèches se sont ouvertes dans lesmentalités et qu’elles ne se refermeront pas. Le monde de demain nesera plus le même parce que partout s’opère un changement desesprits qui ne s’arrêtera pas.

Il y a des injustices, des indécences, des folies qui dansl’avenir ne seront plus supportables, qui ne seront plus tolérés.Reste à savoir si nous serons capables de conduire assez rapidementce changement dans la coopération, en se laissant guider par laraison, ou bien si nous attendrons que de nouvelles catastrophesnous imposent un changement que nous ne sommes pas capables dedécider. Nous sommes dans une période de l’histoire où la politiquene peut pas se contenter d’être gestionnaire. Elle ne peut pas secontenter de régler la conjoncture, d’accompagner lechangement.

Le changement, elle doit le provoquer. Elle doit l’accélérer.Elle doit en fixer le but. Parce que la politique c’est le projetcollectif, c’est la volonté humaine opposée à tous lesdéterminismes, à toutes les fatalités. C’est la liberté que nousavons tous ensemble de choisir notre destin. Il y a urgence.

Nous sommes dans une de ces époques où nos certitudes ayant voléen éclat, où nos habitudes de pensée se révélant inopérantes, nousavons tout à reconstruire, tout à réinventer. Nous sommes dans unede ces époques où la question centrale de la politique est celle dumodèle de développement, du modèle de société, celle de lacivilisation dans laquelle nous aspirons à vivre, que nous aspironsà léguer à nos enfants.

Après une crise si grave 

Après tant de dérives, tant d’erreurs, après une crise aussigrave et qui n’est pas terminée, où le monde est passé si près dugouffre, la question d’une politique de civilisation n’est pas unequestion détachée des réalités, qui se pose pour un avenir lointainet qui saute par-dessus les difficultés du présent. C’est unequestion pour aujourd’hui qui appelle une réponse immédiate parceque c’est dès maintenant que nous devons changer de trajectoire,parce qu’au milieu des difficultés nous ne pouvons pas nouscontenter de réagir au jour le jour, parce que nous ne sortironspas de la crise avec seulement des réponses de circonstances.

Nous devons savoir où nous voulons aller. Nous devons savoirqu’elles sont les fins que nous poursuivons.

Quand la Commission réfléchit sur les rapports entre la quantitéet la qualité, entre ce qui est objectif et ce qui est subjectif,entre le marchand et le non marchand, elle réfléchit bien à l’idéequ’au fond nous nous faisons de ce que nous appelons lacivilisation à travers laquelle nous allons juger de ce que nousaccomplissons.

Si nous nous référons à une représentation du monde danslaquelle les services que l’on se rend à l’intérieur d’une famillen’ont aucune valeur par rapport à ceux que l’on peut se procurersur le marché, nous exprimons une idée de la civilisation où lafamille ne compte plus beaucoup. Qui peut penser que ce sera sansconséquence ?

Si le loisir n’a pas de valeur comptable parce qu’il estessentiellement rempli par des activités non marchandes comme lesport ou la culture, on met le critère du productivisme au-dessusde celui de l’épanouissement humain à rebours des valeurshumanistes dont nous nous réclamons. Qui peut penser que ce serasans conséquence ?

Si le mauvais entretien des infrastructures de transportprovoque plus d’accidents, plus de dépenses de réparation, voireplus de dépenses de soins médicaux qui augmentent la production, sinous comptons comme une contribution positive au progrès l’activitéque génère l’allongement du trajet entre le domicile et le travail,l’insécurité, ou l’exclusion, si une tension nerveuse, un stress,une angoisse toujours plus grands minent la société et que lesressources toujours plus importantes qui sont consacrées à encombattre les effets sont comptabilisées dans la croissanceéconomique, que reste-t-il en pratique de l’idée que nous nousfaisons du progrès ?

Si nous ne donnons aucune valeur dans nos comptes à la qualitédu service public, si nous restons enfermés dans un indice deprogrès économique qui ne comptabilise que ce qui est créé et pasce qui est détruit, si nous ne regardons que la productionintérieure brute qui augmente quand il y a eu tremblement de terre,un incendie ou une catastrophe écologique, si nous ne déduirons pasde ce que nous produisons ce que nous consommons pour produire, sinous ne comptons pas les traites que nous tirons sur l’avenir, sinous ne prenons pas en compte la dépréciation du capital accéléréepar l’innovation, comment voulons-nous avoir conscience de ce quenous faisons et prendre nos responsabilités ?

L’individu moyenne n’existe pas 

Selon comment nous comptons nous ne bâtissons pas la mêmecivilisation car nous n’accordons tout simplement pas la mêmevaleur aux choses. Je ne parle pas que de la valeur marchande.

Nos systèmes de mesure font du trading une activité à fortevaleur ajoutée. Mais elle ne se déploie que pour gérer un risquequi a été délibérément créé et qu’elle contribue à amplifier. Si letrading crée la volatilité contre laquelle il prétend offrir uneprotection, où est la valeur sociale du service rendu ?

Et si nos systèmes de mesure ont pour effet de survaloriserl’utilité sociale de la spéculation par rapport au travail, àl’esprit d’entreprise, à l’intelligence créative, elle inversedangereusement le système de valeurs sur lequel repose notre visiondu progrès et elle introduit au coeur du capitalisme, unecontradiction qui ne peut que finir par le ruiner.

Nos systèmes de mesure nous font raisonner sur des moyennes.Mais si nous continuons à raisonner sur des moyennes nous forgeronsnos convictions et nous construirons nos décisions sur des donnéesde plus en plus éloignées de la vie réelle. L’individu moyenn’existe pas et l’accroissement des inégalités le détache encoreplus de l’expérience réelle de la vie. Car la moyenne c’est unefaçon de ne jamais parler des inégalités.

La religion du chiffre 

Derrière la religion du chiffre, derrière tout l’édifice de nosreprésentations statistiques et comptables il y a aussi la religiondu marché qui a toujours raison. Il y a cette idée que le marchépeut résoudre tous les problèmes, donner le vrai prix à chaquechose. Si le marché avait la bonne réponse à tout, cela se saurait.Si le marché ne se trompait jamais cela se verrait.

Il y a des marchés incomplets, il y a des marchés imparfaits. Lemarché n’est pas porteur de sens. Il n’est pas porteur deresponsaiblité. Il n’est pas porteur de projet. Il n’est pasporteur de vision. Les marchés financiers encore moins.

On ne sait pas la valeur d’un actif parce que le marché donne unprix toutes les secondes. C’est même tout le contraire. Il faut quela loi de l’offre et de la demande puisse s’exprimer. Elle nousdonne des indications précieuses. Mais on ne construit pas unprojet de société, on ne construit pas un projet de civilisationuniquement à partir du marché. Un projet de civilisation, c’est unevolonté collective, un effort collectif inscrits dans la durée. Cen’est pas que le fruit de la confrontation instantanée de l’offreet de la demande.

Comment chercher la vérité 

Nous ne résoudrons pas le problème du réchauffement climatiquesimplement en laissant s’instaurer l’équilibre sur le marché ducarbone, pas plus que nous n’avons réussi à maîtriser les risqueséconomiques et financiers en laissant s’instaurer l’équilibre del’offre et de la demande sur les marchés des risques. Nous nepouvons pas nous concentrer uniquement sur les données que nousfournit le marché. A force de faire comme si toute la vérité étaitdans le marché, on finit par le croire. Mais si c’était vrai, nousn’en serions pas où nous en sommes.

On fait dire aux marchés, comme à la statistique, ce qu’ils nepeuvent pas dire. Ma conviction est que désormais cela ne sera pluspossible. Ce rapport ne nous dit pas où est la vérité. Il nous ditcomment la chercher.

Il oblige chacun à prendre ses responsabilités, à raisonnerautrement, à décider autrement. Ce rapport, c’est toute sarichesse, toute sa signification, ne remplace pas une pensée uniquestatistique par une autre. Il fait éclater l’idée même d’une penséeunique. Il nous sort de cet enfermement dramatique où il n’y a plusrien à décider puisqu’il n’y a plus qu’une seule façon de voir leschoses. Ce rapport libère l’intelligence.

C’est le moment où jamais. Seule nous sauvera la liberté del’esprit qui nous donnera la force des remises en causenécessaires. Seule nous sauvera la liberté de l’esprit qui nousaffranchira des conformismes, des conservatismes et des intérêts àcourte vue.

Mesdames et Messieurs les membres de la Commission, Cetteliberté de l’esprit qui seule peut changer le monde, elle vousdevra beaucoup.


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